Galle, le 13 février 1955

 » C’est pas en un jour qu’on s’acclimate à ce bled. J’ai acheté, néanmoins, pour une nature morte, un gros ananas. Comme j’ai l’intention de travailler cette toile sérieusement je l’ai acheté vert. Avec deux raves, deux oignons et la lampe à pétrole il y aura de quoi suer pas mal si on veut éviter l’emmerdant. Mais cet humble boulot me passionne. Il faut reprendre tout à zéro.

Nous sommes allés à la poste, puis à l’hôtel chercher la toile qu’on y avait consignée. Des barrages de nuages noirs venant de la mer nous ont fait nous ensauver. On a pris un taureau attelé, et par une route, que nous ne connaissions pas , où un large canal, enjambé par de nombreux petits ponts fragiles, reflète les troncs lisses des cocotiers. Trotte-trotte le taureau marchait bon train. Pour qu’il ne s’arrête pas soufflant au bout de dix mètres, il faut passablement le tanner et lui crier sans cesse en langue bovine « Poû-hic! Thâ. Poû-hic! Thâ », etc… avec une montée de la voix sur les « houic ». L’orage commençait à tomber, nous arrivions. » Je me suis lancé sur Balzac. Nous avons été au puits héroïquement, sous la pluie. Bouffe joyeuse, je n’en souviens et soirée habituelle. Hier c’était ma fête, et la môme me l’a souhaitée bonne au moment où j’ouvrais les yeux.

Th. Vernet : Noces à Ceylan éd. L’Age d’Homme

En savoir plus : A Ceylan…

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