Novembre
- Les grenades ouvertes qui saignent
- sous une mince et pure couche de neige
- le bleu des mosquées sous la neige
- les camions rouillés sous la neige
- les pintades blanches plus blanches encore
- les longs murs roux les voix perdues
- qui cheminent sous la neige
- et toute la ville jusqu’à l’énorme citadelle
- s’envole dans le ciel moucheté
- C’est Zemestan, l’hiver.
Nicolas Bouvier

Tabriz, le 4 novembre 1953, 21h.45
ça y est, il neige. Neige humide et grasse. Il fait passablement plus froid. Pas dehors, mais dedans. Le vrai bois n’est pas encore arrivé. Nous achetons du petit pétillant de nouveau après avoir rousti quelques bûches à la propriétaire-mère. Ce matin, je me suis réveillé. C’est bête à dire, mais ça fait plaisir, chaque matin, de se réveiller. Bien dormi avant. Je me lève, appuis faciaux. Je vais acheter de la lessive et les sèches du jour. Petit temps gris et doux. Je rentre dans notre joli jardin. je mets le lait à chauffer. Je réveille Nick. Il se réveille toujours plus tard, because ses habitudes nocturnes. J’écris à la tendre môme un bon bout de temps…
Thierry Vernet


Nous écoutions. Pendant que Janos disparaissait avec ses volailles plumées et que les Tziganes scandaient sa fuite sur leurs crincrins avec une turbulence de gosses, un vieux monde sortait de l’ombre. Nocturne Monde de luzerne, de neige et de cabanes disjointes où le rabbin en caftan, le Tzigane en loques et le pope à barbe fourchue se soufflaient leurs histoires autour du samovar. Un monde dont ils changeaient l’éclairage avec désinvolture, passant sans crier gare d’une gaîté de truands à des coups d’archet déchirants…
Nicolas Bouvier – l’Usage du Monde



